In Materia

Plexiglass, bois, eau, pompe, transducteurs, amplificateur, ordinateur, capteurs

In Materia est une sculpture cinétique interactive qui explore la frontière poreuse entre matérialité et perception, entre substance physique et forme émergente. L’eau — souvent perçue comme informe, fluide et insaisissable — est ici temporairement disciplinée, façonnée et animée en motifs qui semblent défier la gravité et l’entendement.

Dans sa forme actuelle, l’œuvre se déploie dans une structure tubulaire transparente, au sein de laquelle l’eau est continuellement pompée de bas en haut, en circuit fermé. Deux puissants transducteurs acoustiques sont mécaniquement couplés au tube et le mettent en mouvement. Ces vibrations infra-sonores façonnent l’écoulement de l’eau, tandis qu’une lumière stroboscopique révèle un motif d’interférence qui déclenche l’illusion d’ondes stationnaires, de spirales figées ou de flux ascendants tournant sur eux-mêmes, pulsant ou maintenant leur forme en suspension. Un système en mouvement permanent est perçu comme stable, sculptural, tangible. L’eau semble suspendre le temps, oscillant entre écoulement et forme.

L’interaction joue un rôle central dans l’expérience. Des capteurs permettent aux visiteurs d’influencer les ondes sonores par le mouvement de leurs mains. Sans toucher directement l’eau, le participant modifie les fréquences qui pilotent les transducteurs, remodelant les figures visibles en temps réel. Les gestes peuvent donner l’illusion d’une eau s’élevant indéfiniment-inversant la perception du flux du temps-mais aussi la faire tourner sur elle-même, se fragmenter en géométries complexes ou se dissoudre à nouveau dans un mouvement chaotique. Le spectateur devient un chef d’orchestre silencieux, manipulant une partition invisible dont les effets se manifestent à travers la matière elle-même.

In Materia interroge notre rapport au monde tangible à une époque de plus en plus dominée par des interfaces immatérielles. En rendant le son visible, le mouvement sculptural et l’interaction intuitive, l’œuvre invite le public à reconsidérer la manière dont la forme émerge de la vibration, dont la perception construit le réel, et combien la frontière est fragile entre ce qui est physiquement présent et ce qui relève de l’illusion optique ou cognitive.


In Materia est un projet de recherche et d’expérimentation sur la notion de matérialité porté par le collectif Ascidiacea. Il a été dévoilé pour la première fois lors de la Nuit Blanche Paris 2020 dans le cadre d’A/Biogenesis, une exploration immersive en deux étapes présentée à Mains d’Oeuvres.

  • Production : Collectif Ascidiacea
  • Idée originale, conception, direction artistique : Léo Baqué
  • Design et fabrication bois : Margot Caperan, Barthélémy Pradines, Léo Baqué